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LA SIESTE

 

Fermer les volets à demi et s’allonger dans le lit dans cette tiède obscurité. Accueillir mon mari dans mes bras et glisser mon nez au creux de sa nuque. Sentir son odeur presque féminine, un peu aqueuse, et se laisser glisser dans un autre monde.

Deux corps qui se fondent.

Lentement, involontairement, déraper, caresser une fesse, embrasser un cou.

Et quelques minutes ou quelques heures plus tard, émerger.

Faire semblant de somnoler encore quelques instants pour faire durer le plaisir de cet espace-temps figé. Puis, enfin bouger, remuer, parler d’une voix feutrée pour ne pas brusquer le bonheur, parler d’un détail, livrer une crainte, remercier d’un geste.

Deux corps qui se font écho.

Alors seulement, se désemmêler, se redresser, se rhabiller.

Laisser les volets fermés, reboutonner son chemisier de travers, le cœur encore embrumé par les instants passés.

Descendre l’escalier, arriver à la cuisine, se servir un verre d’eau et entendre une petite voix flûtée :

– Vous avez fini la sieste ? On fait un jeu ?

 

Véronique Rosset, août 2024